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Véronique Roux "La protection de l’Enfance ne peut pas se suffire à elle-même"

Dernière mise à jour : 28 juin

Véronique Roux, psychologue en protection de l'enfance répond à nos questions


Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?


Je suis diplômée d’un DESS de psychologie Clinique et Psychopathologie de l’Université Paris VII après avoir été formée à l’Université Toulouse le Mirail. J’ai également suivi et obtenu un DU de Criminologie et Agressologie de L’université Paris XIII. Ayant exercé pendant 16 ans en qualité de Psychologue au sein des services de l’Aide Sociale à l’Enfance je suis actuellement Psychologue au sein de l’Association Départementale de Sauvegarde de l’Enfant et de l’Adolescent. J’exerce également depuis 3 ans en libéral et supervise plusieurs équipes de professionnels et intervient dans le cadre de formations.


La protection de l’enfance irait toujours mal, est-ce une illusion médiatique ? Est-ce vraiment différent aujourd’hui et en quoi ?


Je pourrais retourner la question en vous demandant si la protection de l’enfance à été bien un jour et si un événement particulier à fait qu’aujourd’hui elle se porte mal? Difficile de penser que tout peu bien aller à partir du moment où des enfants en souffrance dans leur système familial en sont extraits et integrent un autre système qui lui aurait prétention a être « mieux ». Mon avis est que c’est bien plus complexe de travailler avec plusieurs systèmes qui se rencontrent, plusieurs personnes, fonctions, places qu’il faut faire coexister et faire travailler ensemble. Se rajoute des enjeux, familiaux, institutionnels, politiques, juridiques, judiciaires, administratifs, affectifs, personnels, professionnels et j’en passe. Trouver l’équilibre et pouvoir apporter aux enfants en danger ou en risque de l’être une sécurité affective et effective est souvent entravé par bien plus de paramètres que le simple désir de vouloir protéger. Aujourd’hui si les moyens financiers sont souvent à la hauteur, les enjeux et stratégies managériales sont forts. Le manque de personnels qualifiés et formés pèse bien trop lourdement sur les services.

Est-ce que les problèmes français sont finalement les mêmes partout dans le monde ?


Je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer dans le monde et c’est peut être bien dommage de ne pas avoir de visibilité sur les pratiques internationales. Le manque d’inspiration est peut être un mal français ou peut être que la protection de l’enfance souffre d’être trop renfermée sur elle même?


De quoi aurait besoin la protection de l’enfance selon vous ?

De communication, de liens entre services et partenaires, de recul sur les situations parfois dramatiques qui sont vues et vécues au quotidien. La protection de l’Enfance ne peut pas se suffire à elle même et penser qu’elle peut y arriver seule ou en cherchant des compétences au sein de son propre système. Elle doit s’ouvrir au monde, à l’extérieur et s’enrichir du regard des autres même si parfois il est difficile de montrer. Il serait également très important de créer des services que je nommerais « passerelles » , adaptés aux particularités des jeunes accueillis et qui ne trouvent pas de « places » au sein des structures actuelles. Plus spécialisées ou spécifiques dans le champ de la psychiatrie ou des troubles massifs et envahissants du comportement qui ne peuvent être pris en charge en foyer ou en familles d’accueils. Les sorties du dispositif ASE soit à 21 ans devraient pouvoir être mieux préparées et accompagnées. Les sorties de familles d’accueil également. Les parcours des enfants au seins des services doivent être individualisés mais pour cela la diversité des services devrait pouvoir suivre ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Des alternatives sont trouvées et heureusement mais combien de fois il est entendu « idéalement il faudrait que » … Nous avons besoin de compétences et de s’appuyer sur elles, que ce soit celles des familles, des enfants, des professionnels, des institutions quelles qu’elles soient et des dirigeants mais surtout de pouvoir les faire fonctionner ensembles. Si vous deviez changer une loi ou une procédure, quelle serait-elle ?


Il serait peut être nécessaire de revoir une par une toutes les lois de la famille, du droit à la reconnaissance d'un enfant à l’exercice de l’autorité parentale avec ses droits devoirs et obligations. Pour les procédures en PE un grand bilan et nettoyage de printemps ferait du bien. Le printemps de la PE c’est pour quand et avec qui… tous les acteurs sont concernés, tous sans exception. Et puisque vous ne me posez pas la question, ce que je ne changerai pas c’est l’espoir que je peux toujours percevoir au quotidien de la part des professionnels, des familles et des enfants, l’espoir qu’un jour un changement puisse s’opérer malgré l’épuisement que cela engendre.


Comment concevez-vous la supervision dans ce milieu ?


Une instance nécessaire pour apporter un recul vital pour permettre à chacun de réfléchir sur sa place, ses missions et ses fonctions. Je pense que l’apport d’un regard et de réflexions extérieures aux services permet de se recentrer sur l’essentiel et sur ce qu’on ne voit plus avec le temps.

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