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TOXIC MANAGEMENT : une triste simplicité ou le retour du discours de la servitude volontaire ?

Dernière mise à jour : 10 avr.


Thibaud Brière nous livre un témoignage, une belle expérience anthropologique, à la fois saisissante et malheureusement banale dans les grandes sphères professionnelles.


Son boulot ? Faire tiers, faire réfléchir, lire et écrire l'histoire, décomposer le discours ambiant, vérifier le bon raccord entre les paroles et les actes.

Ce qui touche à la lecture de l'ouvrage c’est la rencontre. Mais laquelle ? Au départ la fausse rencontre de salariés en difficultés, la rencontre en off, sans les micros, pris dans les mailles des mots. On y trouvera aussi des moments de vérité.

On pourra percevoir fil des pages l’entreprise qui se définit comme parfaite par les mots mais qui dysfonctionne dans les faits.



Quand ça ne va pas, est-ce un affaire de personnes, de groupe ou de système ? L’auteur décrit parfaitement la commande officielle qui lui a été faite et saisit la demande paradoxale qui consiste en fait à savonner sa planche tout en lui demandant d’y évoluer en parfaite tranquillité.



Le glissement entre personnel et professionnel est bien décrit, notamment le jugement sur ce que sont les personnes plutôt que sur ce qu’elles font.

Preuve en est qu’il n’est pas naturel de s’interroger sur ce qui motivent les individus à agir d’une certaine manière et qu’il est plus simple de leur imputer des caractéristiques psychologiques intrinsèques… en clair, ce qui fonctionne viendrait de l’environnement et ce qui dysfonctionne des individus.



On y lira aussi comment créer la folie et l’impuissance par les mécanismes de la psychiatrie classique, mettant les gens dans une impuissance totale et devant justifier de ce qu’on nous projetons sur eux. La stratégie du bouc émissaire est toujours un levier efficace !

Amener quelqu’un sur le champ personnel puis lui fermer violemment la porte au visage en signifiant qu’on est là uniquement pour le professionnel est par exemple une technique très puissante pour faire perdre pied à quelqu’un.



En clair, on comprendra comment organiser un système maltraitant et déconnant, tout en normalisant son existence dans l’esprit des individus qui le composent, un bon retour au discours de la servitude volontaire de la Boétie !

On y trouvera des phrases évocatrices comme « ils ne vont plus pouvoir dire ce qu’ils pensent… ou CROIENT penser » : sommes-nous libres finalement même dans notre intimité intérieure ?


On s'initie à la rhétorique perverse qui consiste à infliger à la victime de s’excuser auprès de son bourreau de l’avoir un peu cherché… et c'est précisément quand le processus est à l'oeuvre et que les mots nous manquent que le noeud se resserre dans l'estomac.



Le texte est clair, pertinent, il se dévore en un temps éclair pour quiconque s’intéresse aux institutions, propos transposables aux organisations non lucratives.


A croire que du philosophe au psychologue il n’y a qu’un pas et que de l'entreprise à la protection de l'enfance également. En effet, on y retrouvera des parallèles saisissant concernant le management ou le discours officiel, les commandes tronquées et paradoxales, les situations impossibles et le travail d'équilibriste entre le personnel et le professionnel !


A l'IDC nous nourrissons une vision globale, systémique, n'oubliant pas certains acteurs indispensables du système. Un temps préalable d'appréhension de l'environnement reste nécessaire et des allers retours micro/macro afin, non pas seulement d'observer des points cohérents mais également une cohérence plus globale. La question éthique reste primordiale du début à la fin et nous observons bien à travers cet écrit que ce qui fonctionne n'est malheureusement pas toujours ce qui est le mieux pour tout le monde.

Mais Thibaud, pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?


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